L’UQAC et le développement régional

Marc-Urbain Proulx,

Directeur du Centre de recherche sur le développement territorial

UQAC

Depuis sa création en 1969, l’Université du Québec à Chicoutimi a très bien réussi à répondre à une croissante demande de connaissances au sein d’une région qui cherche constamment à s’intégrer dans un monde en changements socio-économiques de plus en plus rapides. Au fil de l’évolution de la communauté régionale, l’offre universitaire a traversé différentes étapes dans son cheminement.

De l’effervescence à la maturité

Ce fut d’abord l’effervescence. Dans une région qui était, à l’époque, en fort développement économique, social et culturel, de nombreux programmes d’enseignement universitaire furent lancés, généralement reliés à des disciplines scientifiques classiques. Certaines spécialités ont permis néanmoins de distinguer l’UQAC, notamment les Sciences de la terre.. Aussi, plusieurs laboratoires de recherche furent rapidement activés, notamment l’original fichier BALSAC. Au cours de cette période initiale, des milliers d’étudiants bien formés ont envahi le marché régional du travail en besoin d’expertises.

Une longue période de maturation universitaire a suivi. L’économie régionale désormais ralentie cherchait alors à se renouveler. Plusieurs programmes nouveaux furent créés dans des champs généralement reliés à des besoins du milieu régional, notamment l’informatique, le plein air, la santé. Des tentacules furent créés pour gérer l’enseignement des langues, la formation sur mesure, les sports, l’entrepreneuriat, les études amérindiennes. Furent ouverts en outre des centres hors campus à Saint-Félicien, Sept-Îles, Charlevoix.

Cette maturation de l’UQAC a aussi généré de nouvelles spécialités de recherche telles que l’aluminium, la forêt boréale, le givrage, le développement régional. Se multiplièrent à cet effet diverses formes de partenariats avec le milieu pour lancer des programmes et des projets plus engagés envers les transferts de connaissances. Ce qui a permis de satisfaire largement la croissante demande communautaire pour des connaissances nouvelles en cette ère d’accélération des changements socio-économiques globaux.

La consolidation

Le seuil de saturation de l’offre universitaire de l’UQAC est actuellement à peu près atteint en matières de succursales hors campus, de nouveaux programmes et de nouveaux partenariats. Tandis que pour diverses raisons notamment démographiques, la fréquentation universitaire stagne, avant de régresser bientôt. Demeure néanmoins une marge de manœuvre pour l’expansion de l’offre de connaissances. Dans la phase

de consolidation qui s’amorce, l’UQAC devra à cet effet bien saisir les besoins nouveaux et futurs sur son territoire de rayonnement.

Or, l’économie du Saguenay—Lac-Saint-Jean s’avère maintenant en importantes difficultés au sein d’un environnement global caractérisé par des changements socio-économiques devenus constants. Ce qui oblige la région à miser encore davantage sur l’innovation, puisque tous les secteurs socio-économiques sont inévitablement confrontés aux technologies, aux impératifs environnementaux, aux nouveaux procédés, aux chocs sociaux, aux besoins communautaires évolutifs et aussi aux nouvelles occasions des marchés.

En réalité, l’affirmation de ladite « économie du savoir » stimule toujours la croissante demande sociale de connaissances dans la communauté régionale. Ce fut le cas récemment avec les enjeux de l’environnement naturel, de la forêt boréale, de la technologie AP-60, de la santé, de la transformation de l’aluminium. Il s’agit aussi du cas très actuel avec les enjeux de l’énergie renouvelable, du tourisme nature, de l’agriculture nordique, des technologies de l’information, du Plan Nord. L’évolution de l’offre de connaissances de l’UQAC fait ainsi face à de nouveaux défis afin d’intensifier son soutien à l’appropriation des changements continus en suscitant l’innovation sociale, culturelle et économique.

Nouvel élan

Un peu partout dans le monde, de nombreuses collectivités locales et régionales fortement innovatrices ont adopté de nouvelles modalités institutionnelles qui favorisent davantage l’engagement universitaire dans leur milieu, sans négliger les missions classiques relatives à l’enseignement et à la recherche. À travers celles-ci, sont largement mis en œuvre des mécanismes d’animation des interfaces entre les experts scientifiques (savoir) et les experts du milieu (savoir-faire). De fait, les universités s’inscrivent de plus en plus comme médiateurs de l’innovation en provoquant l’interaction créatrice bien ciblée sur des problèmes, des menaces, des ressources, des spécificités, des occasions, des contraintes.

Signalons à cet effet qu’au Québec, la tenue des colloques universitaires classiques montrent actuellement la nette tendance à cibler des thèmes pertinents pour mobiliser le milieu. Aussi, les divers bureaux de liaisons université–milieu (BLUM) expérimentent différentes modalités relationnelles pour croiser le savoir universitaire avec le savoir-faire sur le terrain. Les Forums sectoriels proposés actuellement par le recteur de l’Université de Montréal s’inscrivent dans cet esprit.

À l’UQAC fut expérimenté au cours des dernières années un mécanisme original de visionnement prospectif avec les acteurs du territoire de rayonnement universitaire, y compris Charlevoix et Sept-Rivières. Les dizaines de Forum Vision 2025 ont généré, à divers degrés, des résultats fort intéressants dans un esprit de création en temps réel de connaissances nouvelles sur des enjeux sociaux, culturels et économiques. Diverses méthodes de créativité furent testées.

Salon de l’innovation

Mises en parallèle avec des résultats obtenus ailleurs, les leçons qui furent tirées de l’exercice Vision 2025 nous permettent de proposer concrètement un nouvel élan régional en matière de création de connaissances nouvelles pour lesquelles la demande communautaire s’avère toujours croissante.

Dans le contexte actuel du renouvellement à effectuer au rectorat de l’UQAC, nous aurions apprécié être entendu sur nos propositions. L’une d’elle visait à transformer le Salon du recteur en Salon de l’innovation afin d’y faire se rencontrer des experts scientifiques et des experts du milieu autour d’enjeux bien ciblés. On nous a refusé cette écoute. Soit ! Demeure néanmoins réelle l’impérative nécessité pour notre université de relever de manière proactive, avec les experts du milieu, les enjeux régionaux de l’avenir dans un esprit d’apprentissage collectif orienté vers la conception de projets d’actions novatrices.

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