La grappe québécoise de l’aluminium

Marc-Urbain Proulx, UQAC

Afin de stimuler la structuration de la filière de l’aluminium au Québec, les géants Alcoa et Rio Tinto Alcan désirent miser davantage sur le concept de « grappe industrielle ». La politique industrielle du gouvernement du Québec pousse dans ce sens. Saluons à cet effet l’excellente initiative pour réunir cette semaine, dans la région, les principaux intervenants de cette grappe québécoise. Les défis sont bien visibles sous l’angle de la création de nouvelles activités économiques pouvant permettre de valoriser davantage l’effort énergétique consenti par le Québec aux neuf alumineries de cette grappe de 745 entreprises et de quelques 70 000 emplois au total.

Hot spot planétaire

Avec sa « Vallée de l’aluminium », le Saguenay—Lac-Saint-Jean représente évidemment un acteur incontournable de l’opérationnalisation du concept déjà bien connu, en étant un sous ensemble industriel spécifique au sein de cette grappe de l’aluminium fondamentalement éclatée sur l’espace québécois.

Contenant 122 entreprises, la région se positionne d’ailleurs très bien au Québec à travers les autres composantes territoriales telles que Montréal et la Montérégie qui logent respectivement 140 et 114 entreprises. S’imposent particulièrement aussi d’autres régions avec leur nombre d’entreprises, soit Chaudière-Appalaches (63), Québec (47), Centre-du-Québec (45), Laurentides (40), Lanaudière (38), la Mauricie (29), Laval (27).

Soulignons en outre que sous l’angle de l’emploi et du volume d’affaires, la Vallée de l’aluminium s’inscrit comme la place la plus imposante (hot spot) au sein de cette grappe, devançant Montréal et la Montérégie. Ainsi, on constate que toute stratégie québécoise envers le métal gris doit nécessairement s’appuyer sur le Saguenay—Lac-Saint-Jean qui représente une zone industrielle unique, d’envergure planétaire. Et dans cette région existe le bien expertisé CQRDA (Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium) dont les activités actuelles couvrent tout le Québec.

Potentiel québécois

Signalons qu’en matière d’aluminium, le potentiel québécois s’avère énorme. Dans le contexte par lequel les Etats-Unis ont réduit leur production d’aluminium primaire de 50 %, le Québec a déjà triplé la sienne au cours des trois dernières décennies pour atteindre 7 % de la livraison mondiale, soit 2,5 millions de tonnes métriques annuellement. En considérant la consommation mondiale de 2010 qui doublera avant 2025 ou au plus tard 2030, selon les experts, la perspective de conserver au minimum ce ratio québécois de 7 % de la production d’aluminium primaire ouvre déjà sur de nombreuses opportunités.

Or, des contrats furent signés à cet effet afin de fondre annuellement à Saguenay, Alma, Baie-Comeau et Sept-Îles 900 000 tonnes métriques supplémentaires d’aluminium primaire. Après les chantiers de modernisation et d’expansion de ces quatre alumineries, on assistera cependant, au total, à une perte nette d’emplois dans ce segment de la 1ère fusion d’aluminium. D’autres projets seront néanmoins au rendez-vous prochainement car le Québec offre des conditions extraordinaires pour l’implantation d’alumineries, notamment de l’électricité propre à prix très concurrentiels. Puisque la grande majorité des projets mondiaux actuellement sur la table à dessin sont reliés à l’utilisation du charbon ou du gaz, l’avantage comparatif du Québec s’avère indéniable.

Qui plus est, le Québec offre en outre à cette industrie de l’aluminium, une main d’œuvre bien formée, une sécurité élevée des immobilisations, la faisabilité sociale des projets, un accès direct à la mer, un important soutien public à la recherche, des coûts d’affaires parmi les meilleurs de la planète et des coûts pour les nouveaux établissements qui se situent parmi les plus bas au monde. Soulignons que la productivité des alumineries québécoises se positionne parmi les plus élevées de l’industrie. Elle s’améliore constamment grâce principalement à l’intensification technologique, la discipline des travailleurs et l’impartition de certaines tâches.

On comprend ainsi que l’enjeu de la grappe québécoise de l’aluminium ne réside pas exclusivement dans l’attraction de quelques unités de production parmi les très nombreux projets anticipés un peu partout sur la planète afin de satisfaire la demande mondiale d’aluminium primaire.

Le véritable enjeu

Le véritable enjeu de la grappe industrielle de l’aluminium au Québec se situe dans la structuration de la filière en amont des alumineries (raffinage de la bauxite – équipements et fournitures – recherche – administration) et aussi en aval de celles-ci (1ère, 2ème et 3ème transformations du métal – services – transport). Récemment, des progrès intéressants eurent lieu en ce sens au Saguenay—Lac-Saint-Jean et au Québec, illustrant au passage que l’enjeu n’est aucunement utopique. Pendant la décennie 2000-2010 en effet, ce sont 104 entreprises nouvelles qui furent créées dans cette grappe québécoise, notamment dans la fabrication de produits et d’équipements. Les fenêtres d’opportunités ne sont pas fermées. Loin s’en faut. Non seulement, la demande mondiale de produits en aluminium s’avère très forte. Mais aussi le Québec (et le Canada) importe beaucoup de produits substituables par des productions québécoises, notamment une croissante consommation de fils, de câbles, de tôles, de bandes épaisses. Rappelons que le Québec exporte encore 77% de son aluminium à l’état brut, non transformé.

Dans cet esprit, le concept de « grappe québécoise de l’aluminium » devient intéressant à opérationnaliser. La théorie peut évidemment lui fournir les composantes conceptuelles. Il s’agira ensuite de lui offrir un contenu concret mesurable par une comptabilité adéquate, indépendante et autonome. Pour soutenir l’évolution et la structuration de la grappe, nul doute que le système d’interaction et d’innovation sera inévitablement au cœur de la réflexion stratégique.

Région administrative Estimation du poids économique (emplois et volume d’affaires)

Saguenay Lac-Saint-Jean – 2 242

Montréal – 1 808

Montérégie – 1 360

Chaudière-Appalaches – 1 154

Centre-du-Québec – 1 070

Capitale-Nationale – 658

Côte-Nord – 417

Laurentides – 409

Lanaudière – 406

Estrie – 404

Mauricie – 367

Laval – 324

Bas-Saint-Laurent – 154

Abitibi-Témiscamingue – 60

Gaspésie – Îles-de-la-Madeleine – 40

Outaouais – 20

ENSEMBLE DU QUÉBEC – 10 893

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