Développement

Table des matières


Créativité et développement territorial

Depuis la nuit des temps se pose la question à propos des secrets reliés à la création de la richesse. Les conseillers des Princes ont largement été sollicités pour servir leur communauté à cet effet. Les réponses apportées ont souvent conduit à l’appropriation par la force des richesses d’autrui, notamment les terres fertiles. Au XVIème et XVIIème siècle, les philosophes se mirent à réfléchir méthodiquement sur le fonctionnement du marché. De ces réflexions émergea la science économique afin de mieux saisir, comprendre et maîtriser les secrets de la croissance et du développement.

Il existe maintenant différents modèles explicatifs. Plusieurs de ceux-ci furent élaborés dans les années 1950, tels des ajouts à la théorie macroéconomique générale qui a pris, à cette époque, sa forme la plus articulée. La création de richesses s’inscrit alors tel un cumul de facteurs dans un système économique, à partir d’impulsions extérieures reliées à la production pour la demande du marché. Il s’agit d’une croissance relativement mécanique qui s’auto – alimente par les flux économiques internes. Or, il fut constaté par ailleurs que le réel développement économique, social et culturel généré de cette croissance exogène dépend largement des conditions endogènes présentes au sein du système économique. Se pose ainsi systématiquement à la communauté scientifique la question de ces conditions endogènes, notamment au sein du domaine concerné par le développement territorial. Notons que le phénomène d’innovation est considéré comme un vecteur principal de l’évolution économique. Sont à cet effet mis à contribution des acquis classiques tels que la théorie du développement communautaire, les procédures de planification et le modèle du développement par phases distinctes. De très nombreux apports scientifiques furent récemment ajoutés à ce corpus en épousant des concepts génériques tels que le « milieu innovateur », la « communauté apprenante » et autres « systèmes territoriaux d’innovation ».

Dans la pratique, si la croissance d’un territoire comme le Saguenay—Lac-Saint-Jean dépend de la demande du marché pour le bois d’oeuvre, le papier, le carton, l’aluminium, le niobium, le lait, le
fromage, les céréales, les sites récréotouristiques, il demeure néanmoins que les conditions d’innovation du milieu jouent un rôle considérable pour valoriser cet apport financier sous l’angle du développement. Existent bien sûr des conditions matérielles telles que les infrastructures det ransport, les bâtiments, les équipements techniques ou technologiques. Les conditions immatérielles s’avèrent tout à fait essentielles. À commencer par le capital humain qui se traduit concrètement sous la forme de main d’œuvre qualifiée, d’experts, d’entrepreneurs, de compétences, de leaders. On les appelle désormais les talents, en référence à la perspective culturaliste contemporaine dont Richard Florida représente une figure de proue.
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La perspective culturaliste contemporaine

Pour expliquer et inciter le développement territorial le modèle néo-culturaliste contemporain plonge ses racines dans des pratiques déjà très anciennes. Des cités telles que les antiques Athènes, Xian et Babylone, les médinas arabes du Moyen-Âge ou les Florence et Venise de la Renaissance servent de références pour illustrer que les lieux capables d’attirer des talents et d’offrir des conditions de vie particulièrement qualitatives s’avèrent promis à un bel avenir sous l’angle du progrès social, culturel et économique. Même si certains traités philosophiques remontent jusqu’à la République de Platon, la Cité du soleil de Campanella ou l’U-topia de More, on situe généralement au milieu du XIXème l’émergence du cadre théorique de la perspective culturaliste. Fourier (1829) s’avère souvent référé à cet effet, mais surtout Ruskin (1853) qui s’inscrit telle une figure dominante. Cependant, ce sont les Cités-Jardins de Howard (1898) qui offrent le modèle de référence historique le plus opérationnel pour servir l’organisation d’un lieu sous l’angle d’une vie sociale pouvant assurer les contacts improvisés et diversifiés, les échanges fertiles d’idées et en conséquence la créativité. L’influence de ces précurseurs fut grande dans le mouvement culturaliste qui a par la suite fortement contribué à offrir des alternatives concrètes aux difficiles conditions urbaines nord-américaines du début du XXème siècle (Geddes, 1926 ; Mumford, 1925-1938 ; Odum, 1934). À cette époque fut mise sur pied la « American Regional Planning Association » afin de faire la promotion des nouvelles idées humanistes en matière d’organisation des collectivités urbaines et régionales. De très nombreuses expérimentations eurent lieu.

Par la suite, Jane Jacob (1961) a participé à réintroduire concrètement cette approche culturaliste contemporaine en démontrant que la diversité des idées échangées représente des facteurs fondamentaux de la vitalité urbaine et de l’innovation. Selon cette analyste, la ville représente d’abord un espace culturel qui produit des effets de contagion en regard des bonnes pratiques, grâce à l’apprentissage dans l’action que d’aucuns appellent le « learning-by-doing » (Arrow, 1962). Dans ce contexte de renouvellement de la réflexion urbanistique initiée par Jacob, John Friedmann (1973) fit une contribution importante par l’entremise d’une analyse critique de la planification urbaine et régionale de cette époque. Il proposa de rompre avec la planification descendante des agences expertisées. Sa planification ascendante préconisée vise à remettre les collectivités américaines sur la voie du développement à partir d’elles-mêmes. Cette approche relativement radicale fut dotée d’une importante base philosophique (Friedmann, 1979 ; 1987). Tout à fait dans cette perspective de planification, Friedmann & Weaver (1979), Planque (1983) et Aydalot (1986) illustrèrent que la source du progrès et du développement sur un territoire résidait largement dans l’apprentissage collectif des individus. Un vaste mouvement de recherche jeta alors de la lumière sur des concepts importants tels les « synergies territoriales », les « effets de débordement », « l’apprentissage collectif » et autres « économies de proximité ».

On constate que la classique vision culturaliste en développement territorial se voit renouvelée dans la recherche de ses conditions endogènes. À cet effet, la question que nous posons dans ce texte concerne moins les conditions territoriales générales de soutien au processus d’innovation telles que les centres de R&D, le financement du risque, l’accompagnement public des initiatives et les services de formation professionnelle, mais bien plus directement les modalités institutionnelles de conception de l’innovation par l’interaction, l’apprentissage collectif et la créativité.
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Les acteurs du processus cognitif

Dans une communauté territoriale donnée qui désire progresser en matière d’apprentissage à l’innovation, les acteurs concernés par le processus sont a priori tous les individus aptes à s’activer sur des tâches et des fonctions spécifiques. Certains échantillons pourraient alors cibler la population active bien définie en analyse économique. Aussi, l’ensemble des organisations privées, publiques et collectives qui oeuvrent sur un territoire représente la forme primaire d’unités qui servent la mise en œuvre d’actions désirées innovatrices. Une organisation active dans une communauté nous indique la présence d’au moins un acteur ou un décideur.
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Les acteurs territoriaux

Pour représenter et schématiser cet ensemble d’acteurs communautaires sur un territoire, utilisons d’abord le modèle de classification en quatre grands groupes ou quatre grandes sphères d’activité, inspiré par celui de John Friedmann (1992).
En effet, ce doyen dans l’analyse du processus de l’appropriation par le milieu (empowerment) dans un esprit d’apprentissage collectif et d’innovation propose quatre grandes sphères de la pratique sociale à l’échelon d’un territoire :

  1. la société civile : citoyens, propriétaires, ménages, familles, clans, ethnies, classes sociales, etc. qui s’organisent par regroupements ;
  2. l’économie incorporée : corporations privées et leurs intérêts collectifs souvent défendus par des associations ;
  3. la communauté : mouvements sociaux et organisations politiques indépendantes, notamment les autorités territoriales ;
  4. l’État : appareil législatif, judiciaire et exécutif qui intervient par l’entremise d’agences publiques déconcentrées.

La figure nous permet de situer les acteurs qui sont a priori interpellés par le processus d’apprentissage à l’innovation sur un territoire communautaire. Ces quatre sphères d’activités ne permettent pas un découpage parfaitement étanche des organisations ou acteurs qui œuvrent sur un territoire. Plusieurs de celles-ci appartiennent à deux sphères à la fois, alors que quelques-unes relèvent de trois sphères. Ainsi les sphères d’acteur proposées par Friedmann s’entrecoupent les unes les autres.

Ce schéma quadrisphérique offre cependant une grille de classification et d’analyse fort intéressante pour les acteurs (organisations) qui interviennent sur un territoire donné. Son application sur les territoires du Québec nécessite évidemment une certaine information sur chaque organisation privée, publique et collective afin d’être en mesure de localiser chacune, dans la bonne zone du schéma représentatif. Les organisations unidimensionnelles privées, publiques et collectives sont relativement faciles à localiser. Cependant, plusieurs organisations bidimensionnelles ou tridimensionnelles nécessitent un peu plus d’attention. Il faut alors connaître certaines propriétés minimales des organisations telles que le statut, la territorialité, la structure organisationnelle, le financement, la mission, les fonctions exercées, les objectifs poursuivis, le processus décisionnel, etc., afin d’être en mesure de les classifier adéquatement. À cet effet, une enquête effectuée sur les propriétés des organisations (Proulx, 2007) nous a permis de concrétiser la figure ci-dessus dans la réalité du Québec.

L’espace de croisement entre les quatre sphères s’avère de toute évidence le lieu central qui rejoindre tous les acteurs territoriaux. En référence au lieu central historique des villes gréco-romaine, nous le désignons ici de Forum. Lieu certes pertinent pour piloter un processus d’interaction élargie permettant de mobiliser les principaux acteurs dans un esprit d’apprentissage et d’innovation.
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Culture territoriale cognitive

Dans la littérature contemporaine de la perspective culturaliste, on retrouve deux concepts distincts avec leurs variantes et libellés, soit le district culturel et la communauté apprenante. Le premier représente une grappe agglomérée dans les activités culturelles, artistiques et autres de ladite « économie créative » telles que le design, l’édition, l’architecture, les médias. Ce district ou grappe aussi appelé « cluster » représente un moteur de développement par elle-même au sein de la ville. Tandis que le concept de communauté apprenante (lerning region ; communauté intelligente ; smart city) fait référence à un territoire doté d’un processus d’apprentissage collectif pouvant soutenir l’innovation au-delà de la de la grappe culturelle mais en l’incluant. La spécialisation s’avère l’attribut principal du district culturel tandis que la diversité représente selon Jacob une vertu importante d’une collectivité en apprentissage dans un esprit d’innovation.

Florida a poursuivi avec vigueur l’élaboration de sa thèse vers une théorie du développement territorial dans la lignée de la théorie du capital humain. Théorie qu’il présente généreusement à la communauté internationale par une série de bouquins publiés, des commandites de recherche et une panoplie de conférences à cachets élevés. Le tout étant basé sur des mesures fines qui servent la compilation d’indices sophistiqués autour de trois composantes « T », soit les talents, la tolérance et la technologie. Bien que les critiques anti-thèses soient nombreuses et souvent très bien argumentées, l’expression consacrée de « classe créatrice » appelée aussi « capital de créativité » s’avère largement diffusée par les disciples floridiens en générant de nombreuses hypothèses pour les étudiants gradués. On peut classifier ces hypothèses en deux groupes principaux, soit les modalités territoriales d’attraction de talents potentiellement créateurs en principe ainsi que la mise en apprentissage collectif et en créativité de ces talents ancrés sur un territoire. En réalité, la fonction de créativité et d’innovation sur un territoire s’avère tributaire de deux facteurs, soit l’attraction de talents et leur mise en interaction cognitive.
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Composantes du capital de créativité

  • Scientifiques Recherchistes (médias)
  • Professeurs de collèges Professionnels de la recherche
  • Professeurs d’universités Technologues
  • Poètes et romanciers Professionnels de la finance
  • Artistes Professionnels du juridique
  • Leaders du milieu des affaires Professionnels de la santé
  • Comédiens Professionnels du management
  • Leaders d’opinion Designers
  • Journalistes Ingénieurs
  • Écrivains et auteurs Architectes
  • Éditeurs et rédacteurs Personnalités culturelles

Selon notre lecture (Proulx, 2006), la classe créative de Florida possède la vertu de proposer un échantillon relativement précis d’acteurs clés de l’innovation au travers le bassin de main d’œuvre ou la population active sur un territoire. Il s’agit certes d’une approche élitiste (Shearmur, 2010 ; Klein, 2010) contestable et questionnable pour diverses raisons. Il apparaît que la créativité sur un territoire ne se limite sûrement pas d’une manière exclusive à cette classe désignée. Aussi, celle-ci n’est pas ni entièrement et ni automatiquement créative. L’échantillon généralement proposé néglige non seulement la classe ouvrière mais aussi des acteurs importants de l’innovation comme la classe entrepreneuriale, la classe politique locale, la classe de gestionnaires de mesures gouvernementales de soutien public à l’innovation.

En outre, cette catégorie créative du capital humain dans ses diverses mesures ne nous indique qu’un potentiel de créativité et non pas son actualisation. il tombe sous le sens que certains acteurs de la classe créative effectuent davantage l’acte créateur que d’autres. Néanmoins, les hypothèses générées selon cette approche floridienne permettent l’avancement des connaissances sur le phénomène de la créativité et de l’innovation qui, malgré les avancées nombreuses, demeure encore fort mal mesurée par la communauté scientifique qui lui reconnaît un rôle central dans le développement territorial en cette ère de ladite économie du savoir. Dans cet esprit, Pilati et Tremblay (2010) proposent avec pertinence la modélisation de l’organisation territoriale du processus d’accumulation territoriale de nouvelles formes de capital intangible. Il apparaît que le rôle des institutions soit central à cet effet.
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L’intermédiation

Sous cet angle de l’organisation de communautés apprenantes au sein desquelles existe un important potentiel de créativité, plusieurs chercheurs ont focalisé leur attention sur les organismes intermédiaires qui oeuvrent dans l’enrichissement de l’environnement immédiat des entreprises. Des inventaires furent effectués dans le passé (Smedlund, 2006) lorsque les gouvernements de tous les pays se sont largement investis dans des mesures de soutien au développement local. Plus récemment l’intermédiation entre les entreprises et la sphère de la recherche scientifique a fait se multiplier les interfaces formels tels que les centres de transfert et de valorisation. Bref, les intermédiaires de l’apprentissage collectif sont devenus une catégorie spécifique d’acteurs ciblés pour l’observation et l’analyse du processus interactif de l’innovation.

Mis à part le service ou le bien offert aux entreprises, le rôle des intermédiaires dans le soutien à l’innovation consiste à créer des liens, des passerelles, des interfaces entre les différentes fonctions du processus d’innovation (Nauwelaers, 2010). Ils doivent s’assurer de l’accès rapide, de la qualité et de la fluidité de l’information nécessaire au processus d’innovation des entreprises. Ils favorisent le réseautage, établissement de partenariats, stimulent le transfert de savoir, incitent à la mise en commun de ressources et de services, aiguillent vers les autres acteurs intermédiaires selon les besoins (L’exercice de leur mission principale réciproque s’inscrit lui-même dans un apprentissage nécessitant évaluations et réajustements.

Qui sont-ils ? Dans le contexte québécois selon la modélisation des sphères des principaux déterminants de l’innovation du Conseil de la Sciences et de la Technologie (CST, 2008), les intermédiaires concernent toutes les organisations qui facilitent le transfert de ressources (résultats de recherche ; formation professionnelle ; marché ; financement ; concurrents ; législation ; fiscalité ; mesures et programmes gouvernementaux). En considérant l’implication publique et privée au cours des deux dernières décennies dans le soutien à l’innovation, il s’agit certes d’une panoplie d’organismes relativement variés. Suite à un inventaire effectué pour le compte du Conseil de la Science et de la Technologie du Québec, l’intermédiation serait effectuée principalement par les Cegep et les Universités avec leurs mécanismes de transfert et de valorisation de la connaissance. Les comités sectoriels de la main d’œuvre, et les services de formation professionnelle font aussi partie de ce groupe d’intermédiaires. De plus les divers services publics concernés par l’incubation industrielle et technologique rentrent aussi dans la définition de l’intermédiation. Finalement, l’auteur considère que les nombreux organismes de concertation et de développement local et régional doivent être associés à la catégorie des intermédiaires de l’apprentissage collectif dans le soutien à l’innovation.

Ainsi, doit-on avancer que l’intermédiation dans les communautés locales et régionales du Québec concernent plusieurs centaines d’acteurs. Ils deviennent encore plus nombreux globalement si, en utilisant le modèle interactif de l’innovation (figure), nous incluons à l’intérieur de la définition des intermédiaires comme les services de transport, les réseaux d’entreprises, les diverses associations économiques sectorielles ainsi que les consortiums et les partenariats de recherche entre les Universités et leur milieu.

Selon Pelland (2010), ces intermédiaires québécois auraient dans les faits peu d’interaction entre eux en étant trop autocentré sur leur propre mission à exercer. C’est-à-dire que l’intermédiation dans un esprit de synergie collective et de système territorial ferait défaut. Il faudrait alors inciter leur fonctionnement en réseau. Ce qui est recommandé en général par les analystes des systèmes territoriaux de l’innovation. Dans la littérature sur le sujet à cet effet, il est recommandé que les territoires qui désirent devenir une communauté apprenante se dotent d’une vision globale de l’intermédiation, analysent le portefolio des instruments et des services desservis et favorisent le réseautage des acteurs intermédiaires.

À la faveur de la politique publique, plusieurs expériences d’intermédiation sont en cours actuellement en Europe, en Amérique et aussi en Asie. Soulignons notamment la « Knowledge Integration Community ainsi que les Centres Relais Innovation (Acworth, 2008).
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Les niveaux micro et méso

En regard de tous ces acteurs territoriaux classifiés qui sont interpellés par l’interaction, l’apprentissage, la créativité et l’innovation, il existe deux niveaux distincts d’intervention publique de natures sociale, culturelle et économique au sein d’une collectivité apprenante, soit les échelles micro et méso.

Le premier niveau s’avère bien sûr micro-économique en ciblant les entreprises privées comme clients de toutes les actions et interventions de soutien public pouvant conduire à l’innovation sous la forme de produits, de procédés, de mise en marché, etc. On tente alors généralement de saisir les besoins, les problèmes, les occasions, les contraintes de la production et d’apporter des solutions innovatrices par le soutien de divers services.

À ce niveau micro, la mesure formelle des conditions et des effets de l’apprentissage collectif dans une communauté n’est pas simple à effectuer. Il est statué toutefois l’existence d’un apprentissage dans l’action ou « learning-by-doing » par la connaissance tacite. Généralement, on présente des indicateurs et des ratios pour les investissements en machineries et équipements, les brevets déposés, le personnel scientifique et technique, la R&D en entreprises, l’exportation, le degré technologique dans les emploi industriels ainsi que, bien sûr, les coefficients de Florida à propos de la classe créatrice. On constate que ce sont davantage des conditions en amont que des résultats en aval du processus d’apprentissage et d’innovation. L’idéal serait de pouvoir mesuré les effets de débordement ou « spill over effects ». Mais il est fort difficile d’obtenir des données autrement que par les études de cas d’activités innovatrices émergentes à partir de la recherche et de la R&D.

On avance largement que la bonne recette territoriale de services de soutien public représente un enjeu collectif important. Pour cette raison, les intermédiaires identifiés ci-dessus doivent bénéficier eux-mêmes d’un mécanisme d’apprentissage collectif pour améliorer et bonifier leur offre de biens et services. Il s’agit là d’un enjeu typiquement méso-économique, c’est-à-dire relatif au milieu ou à la communauté. Nous avons vu à cet effet que les intermédiaires ont généralement peu d’interaction entre eux sur les territoires du Québec. On comprend alors que toute communauté qui désire progresser en matière d’innovation doit interpeller cette dimension méso de la coordination et de l’apprentissage collectif des intermédiaires de l’innovation.

Mis à part l’importante offre communautaire globale en matière de soutien territorial au processus d’innovation dans les entreprises, le niveau méso d’intervention publique en regard de l’innovation concerne aussi des composantes structurantes de l’économie locale et régionale. Existent bien sûr les équipements et les infrastructures de transport et de communication. À titre d’exemple, plusieurs territoires se sont dotés au cours des dernières années d’un Portail électronique de divers formats afin de multiplier les liens et les interactions pour alimenter les activités économiques locales. Le transport innovateur dans une communauté concerne aussi le cyclisme, le transport en commun, la complémentarité des modes, etc.

Sous l’angle méso-économique l’apprentissage collectif et l’innovation concerne aussi l’éducation à tous les niveaux, y compris les nouvelles spécialités, la formation sur mesure, etc. Le champ de la culture aussi s’avère central. On avance même largement dans la littérature que l’innovation dans les arts et la culture s’avère, par effets de mimétisme, moteur de l’innovation dans la communauté. Les secteurs du tourisme, de la forêt, du maritime, de l’environnement, de la santé, du social, de l’habitation, de la sécurité publique, etc. s’avèrent aussi interpellés par le processus d’innovation.

En réalité, l’apprentissage collectif dans les entreprises d’une communauté apparaît directement influencé non seulement par les services publics de soutien à cet effet mais aussi par le comportement innovateur dans les divers secteurs du méso environnement. La mesure concrète de ces comportements s’effectue bien sûr par la qualité des projets collectifs proposés à la communauté territoriale. En outre, la capacité communautaire d’interpeller les nouveaux enjeux qui concernent son territoire devient cruciale. Signalons ici les enjeux récent relié à la problématique de la forêt boréale et à celle de la gestion sélective des matières résiduelles, ou encore les enjeux très actuels du déficit démocratique local, des énergies renouvelables, de l’agriculture bio, etc. Une communauté qui se veut apprenante doit d’abord apprendre à saisir et à maîtriser les enjeux méso-économiques, y compris le soutien au processus d’innovation micro-économique. La planification territoriale offre des méthodes efficaces à cet effet (Proulx, 2008).
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La fonction de créativité

Nous avons vu au chapitre précédent que l’observation scientifique des processus d’innovation avait mis en évidence à l’analyse le rôle central de la conception. Conception fondamentalement collective qui telle qu’entendue dans la littérature scientifique, nécessite la mise en interaction et en apprentissage de divers acteurs reliés à différentes fonctions du processus. Puisque cette interaction conceptrice d’innovations s’effectue largement hors des relations marchandes et hiérarchiques, des mécanismes institutionnels intermédiaires semblent jouer un rôle essentiel. À cet effet, nous avons défini les trois catégories de réseaux qui se déploient au sein d’une communauté territoriale, soit les réseaux naturels, fonctionnels et utilitaires.
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Interaction , apprentissage collectif, créativité et innovation

D’emblée considérons que l’interaction sous ses diverses formes s’avère a priori très présente sur un territoire donné. En effet, la socialité inhérente des acteurs ainsi que leurs besoins fonctionnels dans les tâches exercées nécessitent déjà beaucoup d’interaction. Aussi, la gouvernance publique fait largement appel à la concertation, notamment à l’échelle des territoires par le biais de conseils, commissions, comités et autres tables. Cependant cette interaction sociale et fonctionnelle n’est pas nécessairement suffisante pour fertiliser adéquatement les processus d’innovation. Fait souvent défaut une interaction de qualité supérieure en contenu, riche d’information nouvelle, capable de générer des stimulants pour les idées intéressantes à relever et à projeter. En réalité, il existe une interaction cognitive et créatrice à travers la masse. La recherche scientifique tente alors de modéliser son fonctionnement mais elle se bute face au manque d’instruments d’observation et de mesure appropriés pour saisir le phénomène. Nous avons formalisé le phénomène de l’interaction cognitive et créatrice conduisant à l’innovation en utilisant la fonction présentée à la figure ci-dessus.

Tel que modélisé actuellement par la fonction de créativité, l’interaction et l’apprentissage collectif sont représentés par les deux axes. La première courbe supérieure illustre un processus d’interaction relativement dense mais peu cognitif qui fertilise une créativité limitée et ainsi peu d’innovation en principe. Cette fonction s’avère souvent illustrée sur les territoires du Québec grâce à une forte socialité dans la société civile (multiplication des groupes ; petits événements mondains) et une administration publique locale et régionale utilisant largement la concertation (conseils, commissions, comités, tables….) dans la prise de décision démocratique. Tandis que la seconde courbe illustre une trajectoire plus cognitive, davantage créatrice et plus innovatrice alimentée par une interaction moins intense et plus qualitative. Le secret de l’innovation sur un territoire semble résider dans cette 2ème fonction de créativité.

Se pose alors la question du passage d’une courbe à une autre. La réponse de la littérature s’inscrit sous la forme de mécanismes institutionnels qui provoque l’interaction de qualité cognitive. Si les intermédiaires de l’innovation sont nombreux à cet effet dans le contexte territorial québécois, à la suite de Pelland (2010) nous avançons qu’il y a place à l’amélioration de la fertilisation croisée c’est-à-dire du système territorial de l’innovation comme tel. Quels sont les mécanismes institutionnels nécessaires à cet effet sur les territoires du Québec ? Dans les districts italiens, nous avons vu que les « impannatores » jouaient un important rôle de courtage. Ailleurs ces courtiers territoriaux portent le libellé de médiateurs, intégrateurs ou catalyseurs. Voyons un peu en contexte québécois.
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Médiateurs de la créativité

Afin de comprendre un peu mieux, nous avons effectué une enquête auprès de personnalités spécifiques appelées des « catalyseurs de créativité » localisés au sein de cinq territoires québécois reconnus pour leur désignation officielle en matière de soutien à l’innovation.
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Cinq territoires québécois de soutien à l’innovation

Territoires Population
2006 Pop.active 2006 Spécialité territoriale Catalyseurs Répondants
Laval 368 709 200 955 Multiples technologies 20 35,0 %
Rimouski 42 240 22 465 Maritime 23 52,2 %
ST-Hyacinthe 51 616 27 625 Agroalimentaire 17 58,8 %
Sherbrooke 147 427 77 435 Éducation 19 52,6 %
Saguenay 143 692 71 800 Aluminium 32 62,5 %
Total 753 684 400 280 Technopôles 111 53,2 %
Source : Enquête réalisée par le CRDT de l’UQAC en 2008

Ces médiateurs dans le soutien à l’innovation furent identifiés par l’entremise d’une exploration téléphonique réalisée auprès d’informants sur chaque territoire. La qualité de la médiation dans divers secteurs (agroalimentaire, aluminium, éducation, énergie, culture, social, etc.) fut le critère principal de sélection. Ont ainsi été dépistés surtout des directeurs généraux d’organisations privées, publiques et collectives, mais aussi des présidents de conseils d’administration, des agents de développement et des coordonnateurs qui, par la vigueur de leurs fonctions de médiation quotidiennes favorisent la mise en valeur de la créativité.

Ressources humaines utiles et précieuses sur un territoire, les médiateurs de la créativité excellent à travers les autres acteurs intermédiaires dans l’art de mettre des experts en interaction cognitive autour d’enjeux ou de mobiles pertinents dans la conception d’actions innovatrices. L’objectif de leur œuvre de médiation et de catalyse concerne la recherche collective et créatrice de solutions novatrices à des problèmes, des contraintes, des menaces ou tout simplement à concevoir des produits ou des procédés innovateurs pour relever des occasions économiques avec des techniques et technologies nouvelles.

Afin d’isoler certaines qualités personnelles particulières à l’activité de mise en interacton d’acteurs, un questionnaire fermé fut expédié aux 111 médiateurs ou catalyseurs identifiés (figure). Quelque 61 membres de cet échantillon, féminins et masculins, ont bien voulu répondre à notre questionnaire. Selon les réponses reçues, ces intermédiaires de la créativité se montrent généralement comme des gens déterminés, mobilisateurs, visionnaires, tenaces et intuitifs. Ils s’impliquent directement dans leur collectivité territoriale, notamment en y faisant circuler des faits révélateurs, des idées originales sur des enjeux et de l’information pertinente en général. Ils excellent dans la mise en évidence d’occasions pouvant se traduite en initiatives pour des actions innovatrices. Ce rôle de médiation s’effectue en utilisant diverses tactiques, notamment le ciblage d’actions intéressantes et faisables à travers les idées diverses qui circulent.
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Qualités personnelles des acteurs sollicités pour l’interaction

Source : Enquête réalisée par le CRDT de l’UQAC en 2008

Sur la base de ces potentielles actions économiques ciblées, le médiateur ou catalyseur recrute et mobilise les expertises idoines et les services de soutien à la conception d’innovations en les plaçant en interaction. Il tente de soutenir l’apprentissage collectif en facilitant l’analyse fine des diverses options et en sollicitant l’appropriation collective des critères de faisabilité pour des actions innovatrices. Dans un tel processus cognitif créateur, le médiateur tente de dépister et de commettre des promoteurs d’initiatives et d’actions. Les médiateurs de la créativité représentent ainsi, selon nos observations, des acteurs clés du processus d’innovation sur les territoires.

Plusieurs traits, qualités ou comportements caractérisent les acteurs recrutés et sollicités par les médiateurs (figure). Leur prise en compte n’est évidemment pas une opération simple. Néanmoins, les résultats de notre enquête auprès des catalyseurs nous conduisent à constater que les cyniques, les opiniâtres et les revendicateurs semblent davantage freiner ou ralentir le processus cognitif et créatif. Alors que les visionnaires et les mobilisateurs participent positivement à alimenter la créativité sur un territoire en désir d’innovation et de développement.

Deux critères de réussite ressortent clairement de notre analyse des résultats tirés de notre enquête, soit la complémentarité des diverses expertises sollicitées pour élaborer les diagnostics et identifier les idées porteuses de solutions ainsi que la capacité d’apprentissage collectif autour de la conception de projets d’action selon la faisabilité multicritère.
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Les cercles de créativité

Dans leurs activités de mise en interaction créatrice des acteurs de l’innovation, les médiateurs organisent généralement des rencontres bien ciblées et encadrées entre certains experts autour d’un enjeu collectif. Ce sont des « cercles de créativité ».

Cercle de créativité

À travers tous les types de rencontres, réunions, caucus et petits événements qui se multiplient sur un territoire, n’est pas cercle de créativité qui veut. Pour obtenir les qualités que suppose ce libellé, des conditions spécifiques et des résultats particuliers deviennent nécessaires. En réalité au sein d‘un cercle de créativité, il doit se produire une fertilisation croisée d’information pertinente générée dans un esprit d’apprentissage collectif autour d’initiatives éventuellement innovatrices. Lors des cercles de créativité en réalité, s’avère tout à fait cruciale la présence d’une mixité d’expertises différentes. À travers les diverses expertises nécessaires selon les enjeux, signalons la pertinente fertilisation croisée entre deux catégories principales, soit le savoir-faire (experts du milieu) et le savoir (experts de la recherche, de la R&D ou de l’enseignement supérieur) (figure).
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Qualités personnelles des idéateurs

Source : Enquête réalisée par le CRDT de l’UQAC en 2008

Au niveau opérationnel, deux opérations distinctes caractérisent généralement les rencontres successives qui donnent forme et sens aux divers cercles de créativité. Il s’agit d’abord de la définition claire du diagnostic autour de l’enjeu ou du mobile, en identifiant bien les problèmes, les besoins, les occasions, les contraintes, les menaces, les forces, les faiblesses. Existent à cet effet des outils et des méthodes afin que le médiateur et ses experts mobilisés procèdent avec efficacité. Nous pensons notamment à la matrice SWOT largement utilisée.

Tandis que la seconde opération des cercles de créativité concerne la recherche collective et créatrice de solutions et d’actions innovatrices par les acteurs intermédiaires autour du diagnostic principal traité. Les acteurs deviennent ainsi des générateurs d’idées. Il existe à cet effet plusieurs techniques de créativité offertes aux médiateurs, le « remue-méninges» (tempête d’idées) étant largement connu et utilisé. La bissociation, le dodécaèdre et le concassage représentent aussi des méthodes largement mises à contribution selon certaines circonstances particulières, même si elles furent conçues particulièrement pour les entreprises. Et que dire de la fameuse et très imagée méthode des « six chapeaux » qui est devenue une pratique très courante pour stimuler la créativité au sein d’un petit groupe concerné par la recherche de solutions à une situation problématique ?

De l’analyse de ces méthodes et techniques, nous pouvons dégager trois clés de réussite du processus collectif créateur. Il s’agit d’abord de l’identification préalable et précise du véritable problème à travers le diagnostic général d’une situation. Deuxièmement, l’étape de la génération libre et spontanée d’idées nouvelles s’avère incontournable, avant de sélectionner les plus pertinentes. Finalement, s’avère aussi essentielle la validation multicritère de la pré-faisabilité des principales idées retenues, avant d’initier concrètement le montage systématique de la faisabilité des actions nouvelles désirées novatrices.

Bref, le cercle de créativité alimente une dynamique d’apprentissage collectif autour d’un mobile ou d’un enjeu de développement grâce à la mise en interaction cognitive entre divers experts. À travers ceux-ci, les rêveurs, les participatifs et les mobilisateurs s’avèrent particulièrement utiles au processus d’idéation (figure). Outre les méthodes de créativité déjà identifiées ci-dessus, il existe aussi des outils spécifiques pour soutenir et encadrer l’apprentissage collectif, notamment des méthodes pour élaborer rapidement la préfaisabilité d’une action potentielle en jaugeant succinctement les coûts et impacts de leur réalisation.
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Qualités personnelles des concepteurs d’actions novatrices

Source : Enquête réalisée par le CRDT de l’UQAC en 2008

Ici aussi, notre enquête a révélé que certaines qualités spécifiques des acteurs intermédiaires (figure) semblent associées à la réussite de la conception d’actions novatrices. Lorsque les prédispositions des acteurs et les conditions de l’interaction sont optimales, se produisent alors des étincelles de créativité qui multiplient les idées, sélectionnent les idées fortes ou porteuses et priorisent les projets éventuels pour le montage de la faisabilité d’actions innovatrices.
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Conditions à la créativité

Nous connaissons un peu mieux désormais les attributs humains des acteurs intermédiaires du modèle interactif de l’innovation. Nous avons aussi tenté de saisir les conditions institutionnelles générales dans lesquelles baignent les efforts de médiation des processus collectif d’innovation. Difficile à saisir et à mesurer par les méthodes traditionnelles d’observation, ce facteur institutionnel connu sous divers libellés, varie d’un territoire à un autre. Il peut aussi être soutenu positivement par des mesures publiques spécifiques.

Sous cet angle institutionnel, notre enquête effectuée au sein des cinq territoires québécois précités nous a permis d’identifier les prédispositions et les conditions générales (figure) à l’affirmation de la créativité au sein du capital territorial de créativité. On constate la grande importance de prédispositions territoriales susceptibles de favoriser l’expression et l’affirmation des différents points de vue par les acteurs mobilisés. Autour du mobile ou de l’enjeu qui sollicite les acteurs, le choc des idées devient important. Cependant, malgré la nécessaire confrontation souvent vigoureuse des positions différenciées, nous avons constaté que la convivialité entre les experts recrutés s’avère aussi une condition importante pour permettre la créativité nécessaire à l’innovation. À cet effet, les affinités professionnelles, le sentiment identitaire et l‘appartenance sociale jouent à l’évidence un important rôle de cohésion à travers les différents points de vue.
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Prédispositions et conditions territoriales à la créativité

Source : Enquête réalisée par le CRDT de l’UQAC en 2008

Il apparaît en outre que le sentiment d’urgence face à une situation problématique est un facteur qui favorise les conditions générales à la créativité autour d’actions innovatrices. Signalons à cet effet néanmoins que notre enquête a aussi illustré la nécessité d’un certain temps de réflexion pour les acteurs, notamment pour bien cerner et assimiler la problématique de l’enjeu mobilisateur. Dans un tel contexte, la mobilisation et l’engagement des acteurs s’avèrent facilités selon les critères reliés à la diversité et à la qualité des expertises.

Bref, à la lumière de nos observations nous en arrivons à avancer que les conditions institutionnelles à la créativité et à l’innovation sur un territoire nécessitent un double équilibre optimal. Équilibre d’une part entre l’urgence d’action et le recul réflexif. Et d’autre part, équilibre entre le choc des idées, des intérêts, des positions et la nécessaire convivialité entre les acteurs sollicités.
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Conclusion

La perspective culturaliste en développement territorial représente une importante tradition scientifique qui permet d’asseoir les efforts contemporains à mieux comprendre les ressorts des conditions endogènes. Est illustré dans cet esprit que le territoire urbain, régional, industriel, périphérique, métropolitain, rural, côtier, etc. exerce un rôle de soutien à l’innovation, à un degré certes différent d’un lieu à un autre. Sur le terrain, existent à cet égard plusieurs acteurs qui participent activement à l’offre globale de la combinaison appropriée de facteurs. L’objectif s’avère en principe de produire des « économies de proximité » par le cumul territorial et les débordements qualitatifs. Plus concrètrement, il apparaît que la créativité soit au cœur du secret territorial pour l’atteinte de cet objectif vertueux, peu simple à modéliser par ailleurs.

Le concept de créativité devient intéressant à cet effet pour diverses raisons reliées notamment à sa capacité de cibler un phénomène précis dans la trajectoire conduisant à la conception d’innovations de produits et de procédés. En isolant ce phénomène du processus d’innovation au sein de cinq territoires québécois, nous avons effectué un certain nombre de constats généraux et spécifiques.

Il va sans dire cependant que nous saisissons encore mal les conditions territoriales appropriées pour générer des étincelles de créativité. D’autant plus qu’en contexte québécois par lequel l’offre de fonctions de soutien à l’innovation (financement, R&D, transport, formation professionnelle, services d’incubation…) s’avère bien réelle, ces conditions optimales sont largement de natures institutionnelles.

À cet effet, deux mécanismes institutionnels furent relativement bien isolés et analysés dans ce texte. Nous avons illustré le rôle des médiateurs qui catalysent la créativité, ainsi qu’un outil pour effectuer cette catalyse, soit les cercles de créativité. Pour les collectivités en quête de créativité, fut en outre illustré le nécessaire équilibre entre deux types contradictoires de conditions.

Nous avançons en ce sens que la recherche future à propos des conditions territoriales à la créativité et à l’innovation devrait cibler les mécanismes institutionnels permettant de progresser vers ces équilibres. En attendant, la politique publique serait bien avisée de définir des mesures incitatives sur ce phénomène spécifique de la trajectoire conduisant à l’innovation, soit le capital territorial de créativité à valoriser de manière optimale.
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